"distURBANces"
26.04 - 08.06.2013  Exposition photographique

"distURBANces"

Urban Utopia & Dystopia

« distURBANces- Urban Utopia &Dystopia » à la Fondation de l’architecture

Une autre partie de distURBANces intitulée « distURBANces- Urban Utopia &Dystopia » met en évidence le rapport « temps/espace » dans l’évolution du monde actuel et de ses représentations urbaines. Comment aujourd'hui la photographie artistique représente-t-elle l'accélération du temps par rapport à l'espace? Quel est l'impact des changements sur les populations et leur habitat réel? Comment sont les changements reflétés dans les rapports humains à la nature et la ville? Quelles utopies ou dystopies les artistes génèrent-ils dans leurs photographies et leurs vidéos? Le choix des artistes et des œuvres pour cette section est délibérément orienté vers l’essence du lieu même qui est la Fondation de l’architecture et de l’ingénierie.

Les questions des représentations de l’espace public, de l’urbanisation démesurée, de la relation de l’homme et de la ville, comme de la place de la nature dans le développement des méga-cités sont posées de façons très différentes et dans des styles très distincts par ces artistes internationaux choisis par les curateurs du Mois européen de la photographie.

L'artiste espagnol, lauréat de l'édition 2013, Dionisio Gonzalez s’intéresse aussi aux mégapoles. En s'inspirant des photographies documentaires qu'il a pris dans les favelas de Rio de Janeiro, de São Paulo ou de Busan, il invente de nouveaux mondes. Au lieu des représentations souvent dramatiques de ces milieux défavorisés comme les favelas, où habitent des millions de personnes en promiscuité, il présente des stratégies alternatives de survie. Par le biais de retouche d'image numérique à l'aide de Photoshop, il superpose l’image de l’architecture de zones urbaines existantes à des structures de conceptions architecturales modernes du 21e siècle. Ainsi, il documente ses visions utopiques d’une nouvelle connivence entre tradition et modernité, pauvreté et richesse. En tant que spectateurs, nous sommes confrontés à la réalité avec des images pénétrées par la fiction artistique. Si, toutefois, ces fictions possèdent de «bonnes intentions», où vont-elles nous mener ?

Dans la série "Paradise Now" le photographe allemand Peter Bialobrzeski montre l’artificialité de la nature dans la méga-cité en créant des images réelles qui tournent au surréel. En renforçant les points de vue sur la nature en opposition aux fragments urbains qui forment souvent les extrémités de l’image, Bialobrzeski crée une série de photographies impressionnantes où l'éclairage théâtral à la périphérie de l'infrastructure artificiellement éclairée des grandes villes d'Asie contribue à la décontextualisation de l’image de la ville.

Fortement intéressé par les grandes villes indiennes, Frédéric Delangle, photographe français, fixe sa caméra sur l'urbanité même de la quatrième plus grande ville de l'Inde. Ses photos de la série intitulée « Ahmedabad - Aucune vie la nuit dernière», de 2006, réalisées avec entre cinq à dix minutes de pose photographique- mettent à nu ce qu'il appelle le «squelette» d'Ahmedabad. « Pour la première fois je rentrais dans une ville en ayant l’impression de rentrer dans un décor. Atmosphère curieuse où la modernité n’a pas encore complètement effacé le passé mais le côtoie. Je circulais dans ce labyrinthe  comme dans un livre d’histoire, un voyage dans le temps où les époques se superposent et s’enchevêtrent. C’est la nuit que je remontais au plus loin, quand le chaos de la modernité s’arrêtait je pouvais explorer les entrailles et le squelette de cette cité désertée. » (F.D.) Ce jeu photographique d’absence/présence met en valeur les contrastes auxquels le photographe est confronté et qu’il essaie de rayer du réel: chaleur, chaos, pollution et foule se transforment en structures presque abstraites. Il capture ainsi un véritable moment de contemplation, de calme, de sérénité et d’abstraction, avant que le chaos de la vie moderne ne recommence quelques heures plus tard.

Nous trouvons une autre façon de parler de fictions et de modélisation dans le travail de l’Autrichien Daniel Leidenfrost. En utilisant sa mémoire des lieux et des situations qui semblent en quelque sorte étrangement familiers aux spectateurs, il imagine un dispositif d’exposition qui comprend des dessins, des photos et une installation d’une maquette dans un espace cubique. Dans un premier temps, il enregistre ses souvenirs en les dessinant. Il procède ensuite à prendre des photos de ces modèles qu’il a construits avec des matériaux existants simples. Le caractère un peu improvisé du modèle n'apparaît pas dans les photos qui se distinguent toutes par une grande qualité artistique trompant le spectateur qui semble perdre ses repères dans ces visions floutées d’une urbanité inventée.

Dans un esprit plus poético-conceptuel et en introduisant des mots écrits en néon, subtilement intégré dans le motif de la photo, la photographe française Virginie Maillard crée des associations entre la désignation et la présentation des lieux. Dans cet espace métaphorique, le spectateur doit choisir entre les éléments, ou pour le dire avec Foucault entre la chose ou le mot. Une tension se crée avec l’interférence de la temporalité et de la spatialité du récit. La dichotomie entre le lieu et le langage est déconcertante. Tant dans sa forme écrite que visuelle, le mot devient un espace anachronique où le flux d'images documentaires peut être réfléchi et interrogé.

Le récit fictionnel sur fond d’urbanité prend différentes formes plastiques dans les photographies et les vidéos de l’artiste allemand Niklas Goldbach. Alors que ses séries photos comme « Untitled (Building Series, 2008) » pointent les éléments dystopiques de l’expérience urbaine postmoderne ses vidéos comme « High-Rise », en s’inspirant du roman de science-fiction du même nom de J.G. Ballard, dénoncent l’enfermement de notre système globalisé. Entre réalité et fiction ses œuvres illustrent l’idée de Michel Foucault des espaces à redéfinir. A partir de photos réelles prises dans des lieux existants comme des sites touristiques espagnols (ici Benidorm), il recompose des édifices inaccessibles, sorte de Babel d’aujourd’hui.

Les différentes positions artistiques réunies dans cette exposition témoignent d’un grand engagement des photographes par rapport aux mutations de l’espace urbain et de ses représentations. En portant leur regard critique sur la ville, plus sur le bâti que le vivant, ces artistes questionnent aussi le rôle de l’individu dans un monde de plus en plus impersonnel, qu’il soit standardisé ou extrémisé.

Paul di Felice

 

Entrée libre, du mardi au vendredi de 9:00 à 13:00 et de 14:00 à 18:00, le samedi de 11:00 à 15:00.



emop-mutations.net/index,4.html