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Conférence et rencontre avec Dominique Perrault, architecte de la Cour de justice de l’Union européenne.
17.12.2009 à 12:00  Conférence

Conférence et rencontre avec Dominique Perrault, architecte de la Cour de justice de l’Union européenne.

« L'architecte doit cesser d'être autoritaire »

« L'architecte doit cesser d'être autoritaire »
Rencontre avec Dominique Perrault, architecte de la Cour de justice de l’Union européenne lors de la conférence organisée le 3 décembre 2009.

Figure emblématique de l’architecture française, Dominique Perrault était l’invité de la Fondation de l'Architecture et de l’Ingénierie, du Fonds d’urbanisation et d’aménagement
du plateau de Kirchberg et de l’Ambassade de France pour une conférence et une visite de l’extension de la Cour de justice de l’Union européenne qu'il a réalisée en association avec Paczowski et Fritsch et m3 architectes.

Depuis qu'en 1989, à l'âge de 36 ans, il a remporté le concours de la Bibliothèque nationale de France, Dominique Perrault enchaîne les projets d'envergure. Piscine olympique de Berlin en 1992, centre olympique de tennis à Madrid en 2002, université féminine d’Ewha à Séoul en 2004… Sans compter les projets comme la Piazza Garibaldi à Naples, les Thermes à San Pellegrino, le palais des congrès de Léon en Espagne, la tour Fukoku à Osaka au Japon qui sont en cours.

On dit souvent que vous n'êtes pas attaché à la dimension historique d'un lieu. Comment voyez-vous le lien entre votre projet et l'existant ?
Dominique Perrault : Une architecture sans contrainte est impossible. Si on me dit "vous avez carte blanche", je trouve ça inquiétant. Donc le contexte géographique, social, bâti ne peut pas être oublié. Pour moi, l'existant est un matériau de construction. Il ne s'agit pas d'instaurer une conversation avec mais de transformer un site en un autre site. De lui donner une nouvelle identité sans pour autant perdre de vue ses anciennes identités.

Quel est le rôle du futur contenu de vos projets?
Au moment de la conception, on colle forcément au programme. Mais compte tenu des temps de l'architecture, le programme évolue et le projet doit pouvoir évoluer. Par exemple, quand j'ai conçu la BnF, on ne mesurait pas l'importance de la numérisation et de la diffusion virtuelle des savoirs. La durée définit l'architecture. Il nous faut proposer des dispositifs cohérents mais souples.

Et ici, à la Cour de justice ?
Le dispositif est d'abord lié à l'identité du lieu. Il y a le Palais historique avec les salles d'audience, le bâtiment en anneau pour les juges et les cabinets, les tours pour les traducteurs, la galerie, la salle des pas perdus qui sont publics, ouverts vers l'extérieur. Une fois définis ces lieux, ces adresses, la morphologie interne peut évoluer : le nombre de salles d'audience, de cabinets, de pays membres allait forcément varier par rapport au projet initial.

On dit que vous n'allez pas voir les sites avant de faire un projet. C'est vrai ?
C'est en partie vrai. Si un site est très beau, on ne veut pas y toucher, s'il est très moche, on n'a pas envie d'y construire quelque chose. Donc je n'y vais qu'après avoir commencé le travail. Avec quelques informations on peut avoir un début de concept qu'on va ensuite confronter au réel. Il s'instaure alors une dialectique entre ma pensée, ma vision des choses et la situation réelle. Les idées ne sont que des hypothèses à vérifier, je ne vais pas m'y accrocher si ça ne marche pas. Je n'ai pas d'a priori formel à défendre à tout prix.

Pourtant, on peut reconnaître vos créations. Comment définissez-vous votre signature ?
Je crois à la géométrie, ce qui ne veut pas dire la rectitude. Il y a différentes géométries qui se superposent : le tracé urbain, le sol, la standardisation des matériaux… On arrive à quelque chose de simple, d'élégant, de modéré, de non autoritaire.

C'est un symbole, cette volonté de retrait ?
L'architecture est forcément symbolique. Quand je fais ici une salle des pas perdus, ouverte sur l'espace public, qui prolonge l'extérieur quand il est possible de faire le tour du Palais sous le péristyle… ce sont des symboles démocratiques.

Le public les perçoit-il ?
C'est en effet une question de perception, de sensation. J'instaure un rapport physique avec le bâtiment : les vides et les pleins, le haut et le bas, le transparent et l'opaque… L'architecture perd sa dimension autoritaire. Il n'est pas sûr que celui qui si "je peux voir à l'intérieur" comprenne l'idée de la transparence de la justice, mais il sait qu'il voit à l'intérieur. Je construis essentiellement des bâtiments publics, financés par les impôts des citoyens. Je trouve normal qu'ils aient un retour sur investissement avec des lieux ouverts qu'ils puissent traverser.

Propos recueillis par France Clarinval le 3 décembre 2009